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Un paysan en quête de durabilité !


Lin Bourdais est paysan en Basse Normandie et membre du Civam Dives et Vie Durables. Il livre son témoignage sur la recherche de la durabilité sur sa ferme. Jacques, récemment arrivé comme associé, accélère cette démarche longue et éprouvante vers plus de durabilité. En 1992, en m’installant sur la ferme familiale, je n’avais qu’un seul objectif : continuer un système bien rodé pour gagner ma vie. Soit dit en passant, cette installation était en réalité un agrandissement (100 %), puisque le nombre d’actifs était divisé par deux. Le travail de réflexion du groupe (qui allait devenir le Civam actuel) m’a permis de trouver de la convivialité et de prendre le recul nécessaire à l’évolution du système. Ma première décision : suppression progressive des engrais, diminution des surfaces en maïs et implantation de légumineuses.

 

La réponse du revenu est rapide mais la charge de travail est importante malgré la présence des parents. Un système qui repose sur le travail des parents n’est pas durable à moyen terme. L’embauche d’un salarié s’impose malgré l’encouragement à l’investissement du Centre de gestion.


Derrière la réduction d’intrants, il y avait l’idée sous-jacente d’une réduction de la pollution par les engrais et les pesticides. Cela est devenu l’objectif prioritaire. Il fallait réduire le maïs et augmenter le pâturage. Qui dit pâturages, dit protection et abris des animaux. Une grande parcelle de 17 ha a été quadrillée de haies en fonction de la pente et de la nature du sol. Avec son rôle agronomique essentiel (biodiversité, évapotranspiration), la haie représente en effet une des conditions sine qua non pour la réussite d’un système écologiquement responsable.

 

La beauté du paysage n’est que la conséquence d’un travail pertinent et conduit avec passion.

Vous l’aurez peut-être deviné, à défaut d’être facile, la conversion bio était alors incontournable. Six ans ont été nécessaires pour adopter le strict cahier des charges mais combien en faudra-t-il encore pour être durable ? Beaucoup plus assurément ! Car si l’équation économique et écologique s’est relativement bien résolue, l’équation sociale (le troisième pilier du développement durable) apparaît bien plus complexe à résoudre.

Jacques arrive en stage en septembre 2000 pour un BTS adulte. En reconversion professionnelle (il était dans l’industrie), son objectif est de s’installer sur une petit ferme d’élevage (20 vaches). Encore un rêveur de la ville… Mon salarié est parti au mois de juin précédent.

 

Les rapports avec les salariés me laissent sur ma faim (pas assez de partage de projets). Petit à petit m’effleure l’esprit, l’idée de pouvoir réduire la taille de la ferme puisqu’elle est trop grande pour moi seul. Finalement, en fin de stage, je propose à Jacques de s’installer avec moi afin d’atteindre ensemble nos deux objectifs : réduire la surface pour l'un et trouver une ferme pour l’autre. Le GAEC est crée en avril 2002. En 1992, le défi était purement économique. Dix ans après c’est un défi humain qu’il faut relever. Nous partageons le travail et le fruit de notre travail. Une traite par jour chacun et un week-end sur deux. J’ai l’impression de ne plus être vraiment paysan.

 

Bien sûr, c’est agréable d’aller courir dans la journée, de pouvoir assumer un mandat professionnel, de participer à plusieurs jours de formation par an, tout en faisant du bon travail sur la ferme et en ayant malgré tout du temps disponible pour la famille. C’est une révolution culturelle qui me semble inéluctable et en même temps me met mal à l’aise ; avec un sentiment de culpabilité.


La première décision prise dans l’arrivée de Jacques a été de réduire le nombre de vaches. Cela va paraître paradoxal alors que la question de la viabilité à deux associés semblait irréalisable sur notre structure. Mais, entre ma volonté de produire plus et ma difficulté à vendre des vaches qui produisaient encore du lait, j’avais régulièrement un déficit fourrager. Pour Jacques, la solution était d’emblée évidente : pas assez de fourrage donc trop de vaches. Nous avons donc vendu cinq vaches maigres pour 1500 €.