Cet observatoire compare chaque année, à l’échelle du Grand-Ouest, les performances des fermes engagées en Agriculture Durable (AD) à celles des fermes laitières moyennes représentées par le RICA (Réseau d’information comptable agricole). Dans un contexte de volatilité croissante des marchés et d’incertitudes climatiques et économiques, la question de la stabilité du revenu est un enjeu central pour les fermes. Cette analyse met en regard les stratégies suivies par les fermes AD et les fermes RICA et montre la capacité des systèmes herbagers pâturants à s’ajuster en continu aux aléas.
Produire plus ou créer davantage de valeur : deux stratégies économiques
Les fermes du RICA s’inscrivent dans une stratégie de volume : elles produisent en moyenne davantage de lait (en 10 ans, elles ont ainsi multiplié par 1,5 fois leur production), cependant cette production supplémentaire s’accompagne d’une hausse des coûts alimentaires et de mécanisation. Bien que cette stratégie bénéficie de périodes favorables, comme lors de la hausse du prix du lait en 2022, elle expose davantage les fermes aux retournements de conjoncture. Ainsi, lors de la baisse du prix du lait en 2016, le résultat courant par associé·e était en moyenne de 8 800 € dans les fermes du RICA, contre 26 721 € dans les fermes AD.
À l’inverse, les fermes AD misent sur une stratégie de valeur ajoutée fondée sur l’autonomie et la maîtrise des charges. La voie du pâturage, fondée sur la valorisation directe de l’herbe et des processus biologiques, permet ainsi de produire du lait en mobilisant davantage de ressources internes à la ferme et moins d’intrants extérieurs. Par exemple, grâce à une alimentation avec peu de concentrés importés, leur coût alimentaire annuel est réduit de moitié pour 1000L de lait produits, ce qui représente une économie de 60 000€/an et leur permet d’être moins exposées aux fluctuations des cours mondiaux.
Sur dix ans, les fermes AD démontrent leur robustesse économique avec un résultat courant plus stable que celui des fermes du RICA (dispersion de 9 % contre 41 %). Elles créent davantage de richesse par litre de lait produit : rapporté à la production laitière, le résultat courant est en moyenne 2,2 fois plus élevé dans les systèmes herbagers pâturants sur 10 ans.
Une meilleure rémunération du travail et des fermes plus facilement transmissibles
La robustesse économique des fermes AD se traduit par une meilleure capacité à rémunérer le travail agricole. En moyenne sur 10 ans, les fermes AD dégagent 8 500 € de revenu disponible en plus par associé·e par an que les fermes du RICA. En cumulé sur 10 ans, c’est 93 635 € en plus par associé·e pour les fermes en agriculture durable. Le revenu disponible reste également plus stable sur cette même période : 5,5 fois moins de dispersion en 10 ans.
Grâce à une évolution plus modérée et en limitant les investissements, les fermes AD restent plus accessibles pour les porteur·euses de projet. Avec, en moyenne sur 10 ans, – 62 447 € de capital par actif et – 11 648 € d’annuités de remboursement, elles réduisent la pression financière et la charge liée au remboursement des emprunts, contribuant ainsi à construire des fermes plus transmissibles, durables et vivables.
Des pratiques qui limitent les impacts environnementaux
Les systèmes herbagers pâturants reposent sur une meilleure valorisation des ressources naturelles de la ferme. Les fermes AD comptent 60 % de prairies supplémentaires en moyenne sur 10 ans, plaçant le pâturage au cœur de l’alimentation des vaches. Cette place centrale des prairies réduit les besoins en intrants et le travail du sol, avec – 170 €/ha de charges sur les cultures.
Les fermes AD utilisent également moins d’engrais, d’amendements et de produits phytosanitaires (-98 €/ha). En s’appuyant davantage sur des processus biologiques, les fermes AD réduisent leurs impacts environnementaux et contribuent à préserver la biodiversité.
« L’Observatoire Civam propose ces réflexions, ces expérimentations en vue de réduire les vulnérabilités systémiques et bien plus encore d’en accroître les résiliences de court terme et finalement la robustesse sur le temps long. Cette robustesse repose aussi sur le collectif : échanger, confronter ses expériences, construire des références communes et préserver une autonomie de décision sont autant de leviers pour faire face aux incertitudes à venir. »
Mickaël LEPAGE, paysan membre du Réseau Civam.
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A propos des CIVAM
Les CIVAM (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) sont des groupes d’agricultrices et agriculteurs et de ruraux qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. Les CIVAM constituent un réseau de 130 associations qui œuvrent depuis 60 ans pour des campagnes vivantes. Ils agissent pour une agriculture plus économe et autonome, une alimentation relocalisée au cœur des territoires et des politiques agricoles, pour l’accueil de nouvelles populations et pour la préservation des ressources.
Contacts presse
Lucile Carriat, coordinatrice communication : lucile.carriat@civam.org – 06 41 88 31 81
Louise André, coordinatrice systèmes pâturants & évaluation : louise.andre@civam.org – 02 99 77 39 21