Pour des
campagnes
vivantes

Comment favoriser l’émergence de nouveaux groupes ?

La question de l’élargissement de son audience, et du renouvellement des groupes est centrale dans le quotidien de l’accompagnant. Focus sur les pratiques de quelques-uns, et retours d’expérience de terrain.

Démultiplier une dynamique collective.

Un groupe DEPHY qui essaime

Le Réseau des Civam Normands ( Ex Défis Ruraux) anime un groupe Dephy en Seine Maritime (76). A l’occasion du réengement de 2015, le groupe fait son bilan et les résultats sont très positifs : 2 agriculteurs
sont en bio et 2 ont un IFT inférieur à 50 % (à noter que la référence a augmenté sur le territoire pendant la période).

Toutefois, la dynamique collective est difficile : le groupe est éclaté, les objectifs sont différents, rendant difficile le travail des ingénieurs réseau successifs. Le Civam programme alors une animation qu’il cible en premier lieu pour le groupe mais qu’il propose également à des agriculteurs extérieurs dans un objectif d’ouverture.

C’est une formation sur les maladies fongiques du blé aux différents stades de la culture. Elle permet de s’adresser à un grand nombre, d’installer un rythme de rencontres dans l’année, et permet des marges de manoeuvres rapides et importantes avec les économies de fongicides. 2 canaux de diffusion seront mobilisés : un autre groupe Dephy ainsi qu’un bassin d’alimentation decaptage Grenelle sur lequel des MAEC sont proposées à la contractualisation. Ces dernières vont se révéler être un bon moyen de recrutement puisque des agriculteurs signataires vont participer alors même que le Civam ne savait pas d’où ils venaient !

L’animation va ensuite évoluer pour aller plus loin : suppression des intervenants extérieurs pour améliorer l’autonomie, introduction de la problématique du désherbage, approche économique, flashs techniques… Puis l’animation va être subdivisée sur 3 territoires :

  • Le groupe Dephy historique composé d’agriculteurs qui font référence (curiosité, voyages …)
  • Un groupe d’éleveurs qui engage un travail pour réduire le désherbage sur leurs cultures.
  • Un troisième groupe qui envisage une candidature à un prochain appel à projet 30 000.

L’expérience montre comment l’articulation entre l’animation de groupe et les contrats individuels peut permettre de démultiplier une dynamique collective.

 

Favoriser la mixité entre profils agro- écologiques différents

L’Adage a souhaité s’engager dès le début dans l’accompagnement de groupes Ecophyto 30 000 en mettant en avant l’accompagnement en système herbager économe en intrants (pesticides, concentrés…) et la capacité à dégager de la valeur ajoutée sur la ferme. Il a fallu faire reconnaître auprès de l’administration la pratique d’animation de groupes paysans aux profils mixtes et de l’intérêt de l’échange de savoir-faire entre pairs, y compris pour les paysans déjà très engagés dans la réduction des intrants mais sources de dynamisme et d’expérimentation pour faire évoluer les pratiques agricoles.

La dynamique 30 000 a pu ainsi se construire sur une volonté d’élargissement des groupes territoriaux ou Dephy animés par l’Adage. Déjà engagés dans la transition, ces derniers ont une proportion de systèmes dont les IFT sont déjà bien en dessous des références et un nombre de système bio croissants. En mobilisant les contacts d’agriculteurs sensibilisés via des portes ouvertes ou des engagements en MAEC Système, le Civam a créé des nouveaux groupes 30 000 en mixant les 2 publics.

Le Civam a privilégié des accompagnements par l’animation collective. Dans certaines situations spécifiques, notamment pour des agriculteurs en difficulté financière, un système de parrainage a été mis en place. Le passage des commerciaux sur la ferme peut être très culpabilisant et il s’agit de redonner confiance, via des visites du paysan parrain chez l’autre paysan parrainé. Le travail peut se faire en collaboration avec l’association “Solidarité Paysans” pour profiter de la complémentarité des approches.
Il s’agit de donner du temps au temps et d’inculquer l’idée d’aller chercher son information soi-même. Les données technico-économiques sont un appui pour montrer les résultats.

Communiquer pour faire des émules

Un nouveau groupe 30 000 dans les sillons d’un groupe Dephy.

L’Adar Civam anime un groupe Dephy «  agriculture économe et autonome  en Boischaut Sud  » depuis 2016. Les 11 agriculteurs du groupe recherchent des solutions pour construire des systèmes de cultures permettant d’éviter au maximum le recours aux intrants, tout en gagnant de l’autonomie en paille et en aliment.
Le groupe communique sur ses actions à plusieurs occasions. Face aux enjeux environnementaux actuels, et dans un contexte de prix des céréales à la baisse, l’intérêt des agriculteurs voisins est croissant.
C’est ainsi que 9 autres éleveurs du territoire viennent gonfler les rangs et qu’un nouveau groupe « 30 000 » a été formé au cours de l’année 2017. Pour la suite, les deux groupes ont fait le choix de revenir à la base du métier : la connaissance de la vie du sol et des pratiques qui la favorisent.

Un collectif de maraîchers du Luberon  en région méditerranéenne

En 2013, des maraîchers du Luberon en partenariat avec le Collectif des Agriculteurs du Parc du Luberon ont exprimé le besoin de s’organiser collectivement pour apporter des solutions concrètes en termes de gestion de la fertilité, de préparation du sol, d’autonomie en matière organique, de travail sur les rotations et l’emploi de couverts végétaux ou d’associations de cultures.

Accompagné par le Groupement Régional des CIVAM en PACA, ce collectif est lauréat en 2013 du premier appel à projet CASDAR pour l’agroécologie lancé par le Ministère de l’Agriculture. Reconnu en tant que GIEE en 2014, il est l’un des premiers collectifs de maraîchers engagés dans cette démarche à l’échelle nationale. L’ensemble des travaux réalisés par le GIEE sont à retrouver sur www.ad-mediterranee.org.

A l’issue d’un travail collectif de 4 ans, une restitution publique a été organisée le 22 février 2017 à Villelaure (Vaucluse) sur la ferme d’une maraîchère du groupe. Cette journée a rassemblé une quarantaine de personnes de plusieurs horizons : porteurs de projets en maraîchage et maraîchers installés, animateurs et techniciens de Chambre d’Agriculture, CETA et Agribio.

Depuis 2019, de nouveaux GIEE émergent en région méditerranéenne (Occitanie et PACA) au sein du réseau CIVAM et dans les autres réseaux de développement agricole.
Afin de mutualiser les démarches collectives et de promouvoir les pratiques durables en maraîchage, le GR CIVAM PACA et la FR CIVAM Occitanie accompagneront dans les prochaines années l’interconnaissance des collectifs de maraîchers en Méditerranée.

 

L’effet d’entrainement d’un projet de groupe

Toastage des protéagineux en Vendée :

Le GRAPEA, CIVAM de Vendée, a animé un des premiers groupes GIEE de la région Pays de la Loire. Ce projet autour de la culture de protéagineux à bas niveau d’intrants et de leur valorisation en élevage a notamment abouti à la structuration d’une filière de toastage au sein des fermes en partenariat avec les CUMA.

L’agriculteur chez qui le toaster stationne est responsable de la formation des nouveaux. Il passe généralement 1 heure pour montrer les réglages et obtenir un toastage de qualité (120°C à coeur). Après une ou deux années de pratique, c’est plutôt facile et les agriculteurs deviennent autonomes.

En 2018,  23 fermes au total avaient toasté pour environ 450 t traitées. La cinquième campagne du toaster a été lancée fin 2019. Neuf fermes vont accueillir l’outil cette saison et les fermes aux alentours pourront amener leurs grains à toaster !

Le groupe confirme ses résultats avec environ 2 fois plus de PDIN et trois fois plus de PDIE par rapport à un protéagineux cru, tout en soulignant qu’il faut au préalable réfléchir globalement à l’autonomie du système avec prairies multiespèces, méteils et revoir la productivité des animaux.
Le toaster confirme ainsi son ambition agro-écologique pour une meilleure utilisation des protéagineux : faire plus de lait avec la même quantité de protéagineux ou utiliser moins de protéagineux pour la même quantité de lait produite.

 

Création d’une filière d’approvisionnement en déchets verts : un réseau qui s’étoffe

Depuis de nombreuses années, deux groupes GIEE du Vaucluse (GADL et Organisations Collectives en maraîchage) sont intéressés par la valorisation de la matière organique locale sur leurs fermes, et améliorer la fertilité de leurs sols. En tant qu’accompagnateur de ces collectifs, le GR CIVAM PACA a pris contact avec la communauté d’agglomération du secteur, Luberon Mont de Vaucluse (LMV) afin de créer une filière d’approvisionnement en déchets verts.
Avec l’appui de l’Ademe et la Région SUD, le GR CIVAM PACA a signé une convention avec LMV le 25 mars 2019 associant les deux GIEE. Elle permet à des agriculteurs locaux (moins de 60km) d’être livrés en déchets verts broyés gratuitement.
En six mois, une trentaine de producteurs ont été livrés, avec des utilisations diverses : incorporation du broyat brut dans le sol, compostage, paillage…
Le réseau continue de s’étoffer et montre doucement que les volumes concernés à l’échelle d’une communauté de communes peuvent être facilement captés par l’agriculture locale, en prenant en compte la logistique nécessaire à cette valorisation.

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