Pour des
campagnes
vivantes

La robustesse des systèmes herbagers pâturants : 10 ans d’enseignements

Depuis plus de dix ans, Réseau Civam réalise l’Observatoire technico-économique des systèmes bovins laitiers. Cette nouvelle édition, basée sur les données comptables 2024, est enrichie d’une analyse pluriannuelle sur la période 2014-2024.

Dix années de résultats qui confirment que les systèmes herbagers pâturants constituent des modèles robustes, capables de maintenir des revenus stables tout en limitant leur dépendance aux intrants et leurs impacts environnementaux.

Cet observatoire compare chaque année, à l’échelle du Grand-Ouest, les performances des fermes engagées en Agriculture Durable (AD) à celles des fermes laitières moyennes représentées par le RICA (Réseau d’information comptable agricole). Dans un contexte de volatilité croissante des marchés et d’incertitudes climatiques et économiques, la question de la stabilité du revenu est un enjeu central pour les fermes. Cette analyse met en regard les stratégies suivies par les fermes AD et les fermes RICA et montre la capacité des systèmes herbagers pâturants à s’ajuster en continu aux aléas.

Produire plus ou créer davantage de valeur : deux stratégies économiques

Les fermes du RICA s’inscrivent dans une stratégie de volume : elles produisent en moyenne davantage de lait (en 10 ans, elles ont ainsi multiplié par 1,5 fois leur production), cependant cette production supplémentaire s’accompagne d’une hausse des coûts alimentaires et de mécanisation. Bien que cette stratégie bénéficie de périodes favorables, comme lors de la hausse du prix du lait en 2022, elle expose davantage les fermes aux retournements de conjoncture. Ainsi, lors de la baisse du prix du lait en 2016, le résultat courant par associé·e était en moyenne de 8 800 € dans les fermes du RICA, contre 26 721 € dans les fermes AD.

À l’inverse, les fermes AD misent sur une stratégie de valeur ajoutée fondée sur l’autonomie et la maîtrise des charges. La voie du pâturage, fondée sur la valorisation directe de l’herbe et des processus biologiques, permet ainsi de produire du lait en mobilisant davantage de ressources internes à la ferme et moins d’intrants extérieurs. Par exemple, grâce à une alimentation avec peu de concentrés importés, leur coût alimentaire annuel est réduit de moitié pour 1000L de lait produits, ce qui représente une économie de 60 000€/an et leur permet d’être moins exposées aux fluctuations des cours mondiaux.

Sur dix ans, les fermes AD démontrent leur robustesse économique avec un résultat courant plus stable que celui des fermes du RICA (dispersion de 9 % contre 41 %). Elles créent davantage de richesse par litre de lait produit : rapporté à la production laitière, le résultat courant est en moyenne 2,2 fois plus élevé dans les systèmes herbagers pâturants sur 10 ans.

Une meilleure rémunération du travail et des fermes plus facilement transmissibles

La robustesse économique des fermes AD se traduit par une meilleure capacité à rémunérer le travail agricole. En moyenne sur 10 ans, les fermes AD dégagent 8 500 € de revenu disponible en plus par associé·e par an que les fermes du RICA. En cumulé sur 10 ans, c’est 93 635 € en plus par associé·e pour les fermes en agriculture durable. Le revenu disponible reste également plus stable sur cette même période : 5,5 fois moins de dispersion en 10 ans.

Grâce à une évolution plus modérée et en limitant les investissements, les fermes AD restent plus accessibles pour les porteur·euses de projet. Avec, en moyenne sur 10 ans, – 62 447 € de capital par actif et – 11 648 € d’annuités de remboursement, elles réduisent la pression financière et la charge liée au remboursement des emprunts, contribuant ainsi à construire des fermes plus transmissibles, durables et vivables.

Des pratiques qui limitent les impacts environnementaux

Les systèmes herbagers pâturants reposent sur une meilleure valorisation des ressources naturelles de la ferme. Les fermes AD comptent 60 % de prairies supplémentaires en moyenne sur 10 ans, plaçant le pâturage au cœur de l’alimentation des vaches. Cette place centrale des prairies réduit les besoins en intrants et le travail du sol, avec – 170 €/ha de charges sur les cultures.

Les fermes AD utilisent également moins d’engrais, d’amendements et de produits phytosanitaires (-98 €/ha). En s’appuyant davantage sur des processus biologiques, les fermes AD réduisent leurs impacts environnementaux et contribuent à préserver la biodiversité.

« L’Observatoire Civam propose ces réflexions, ces expérimentations en vue de réduire les vulnérabilités systémiques et bien plus encore d’en accroître les résiliences de court terme et finalement la robustesse sur le temps long. Cette robustesse repose aussi sur le collectif : échanger, confronter ses expériences, construire des références communes et préserver une autonomie de décision sont autant de leviers pour faire face aux incertitudes à venir. »

Mickaël LEPAGE, paysan membre du Réseau Civam.

 

Retrouvez l’étude dans son intégralité

Téléchargez l’infographie et les chiffres-clefs

A propos des CIVAM

Les CIVAM (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) sont des groupes d’agricultrices et agriculteurs et de ruraux qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. Les CIVAM constituent un réseau de 130 associations qui œuvrent depuis 60 ans pour des campagnes vivantes. Ils agissent pour une agriculture plus économe et autonome, une alimentation relocalisée au cœur des territoires et des politiques agricoles, pour l’accueil de nouvelles populations et pour la préservation des ressources.

Contacts presse

Lucile Carriat, coordinatrice communication : lucile.carriat@civam.org – 06 41 88 31 81
Louise André, coordinatrice systèmes pâturants & évaluation : louise.andre@civam.org – 02 99 77 39 21

Articles similaires

Politique Agricole Commune : le réseau des Civam publie un rapport de préconisations

Alors que les négociations pour la PAC ont débuté sur la base des propositions de la Commission européenne, les Civam publient leurs premières recommandations. Ils réaffirment leur vision de l’agriculture et mettent leur expertise de terrain au service d’une prochaine Politique agricole et alimentaire commune (PAAC) plus agroécologique et plus juste.

Agriculture durable
Presse
De Ferme en Ferme 2026 – Plus de 310 000 visites : le haut niveau de participation se confirme

Alors que l’alimentation, la souveraineté alimentaire et la transition agricole occupent une place importante dans le débat sociétal, le public est de nouveau venu en nombre pour comprendre les enjeux et défis d’une « agriculture durable ». Un succès renouvelé pour cette opération trentenaire qui démontre une fois de plus le besoin et l’intérêt de créer du lien entre agriculteurs et société.

Presse
Sensibiliser le grand public
Reliquats budgétaires d’aides à la conversion bio pour les paysan·nes Civam, l’argent public doit rester affecté à la transition agro-écologique

Paris, le 21 avril 2026

Des arbitrages sont en cours pour réaffecter les centaines de millions d’euros de reliquats d’aides à la Conversion à l’Agriculture Biologique (CAB) prévus dans la PAC qui n’ont pas été  consommés. Alors que le monde agro industriel fait pression pour que cet argent public soit majoritairement affecté aux aides à l’investissement qui nourrissent l’intensification de l’agriculture, le réseau des Civam plaide pour que cet argent public continue à soutenir la transition agroécologique d’un maximum des fermes sur tous les territoires.

Presse
De Ferme en Ferme® 2026 : un haut niveau de participation avec plus de 700 fermes

Cette 33e édition suit les chiffres de l’édition précédente, une année record, et ce dans un contexte où l’agriculture est au cœur de plusieurs débats de société avec la loi Duplomb, la loi LOSARAGA sur la souveraineté alimentaire, la récente sortie de la SNANC… Avec De Ferme en Ferme®, paysannes et paysans convient à nouveau adultes et enfants pour dialoguer directement avec celles et ceux qui les nourrissent dans ce rendez-vous au cœur des fermes, gratuit et pédagogique.

Accueil
Évènement
Presse
Municipales & Alimentation : mobilisation historique de la société civile

A l’approche des élections municipales, un collectif de 13 associations nationales, rejoint par de nombreuses associations locales, interpelle les candidat.es pour mettre l’accès digne à l’alimentation au cœur du débat public.

Alimentation
Presse
Propositions
Pipi utile : l’urine comme fertilisant azoté

À Hendaye, un collectif transforme l’urine en engrais. Parti d’une simple rénovation de toilettes, le projet « EKOPI » fédère aujourd’hui établissements scolaires, collectivités et agriculteurs autour d’un objectif commun : produire un fertilisant azoté local, gratuit et efficace. Une expérimentation initiée par le Civam BLE et le collège Saint Vincent d’Hendaye qui interroge aussi bien l’agriculture que l’assainissement et l’urbanisme.

Agriculture durable