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Les systèmes pâturants, plus résilients face aux crises énergétiques

L’Observatoire technico-économique du Réseau CIVAM, compare chaque année les performances des fermes engagées en agriculture durable, avec celles des exploitations laitières moyennes du Grand Ouest. La nouvelle édition 2022 vient de paraître, et démontre que les systèmes pâturants* sont plus résilients en cas de crise énergétique.

A l’échelle du Grand Ouest, l’analyse comparative des résultats économiques 2020 des fermes herbagères CIVAM et la moyenne des fermes laitières RICA (Réseau d’Information Comptable Agricole) met en évidence deux stratégies économiques différentes : produire de la richesse pour rémunérer du travail ou produire du volume et capitaliser. Dans le contexte de tensions énergétiques qui ne feront qu’augmenter, ces deux stratégies offrent des réponses différenciées voire contraires.

 

Les fermes Civam, plus autonomes face à la crise énergétique

2022 est marquée par une crise énergétique mondiale posant la problématique de l’augmentation des coûts mais aussi de la disponibilité de la ressource. Les fermes CIVAM sont plus autonomes en énergie que les fermes du RICA. En moyenne sur 10 ans, leurs charges d’énergies directes (électricité, carburant et lubrifiants) sont plus faibles de 42% par rapport à la moyenne RICA. Les charges d’énergies indirectes (énergies utilisées par la production et le transport des intrants) consommées par les fermes CIVAM représentent 10% des charges totales contre 20% pour les fermes du RICA. En appliquant les coûts énergétiques 2022 aux résultats étudiés, le résultat courant baisse de 60 % dans les fermes Civam et de 200 % au RICA. Le résultat courant moyen du RICA serait alors négatif. Les fermes CIVAM sembleraient donc plus résilientes que les fermes du RICA.

 

Stratégie « volume » des fermes RICA : une stratégie d’investissement qui repose sur le cours du prix du lait  

La dynamique globale des fermes laitières représentées par le RICA se caractérise par une production laitière élevée au prix de consommations d’intrants importantes. Les coûts de production sont alors plus importants que ceux des fermes pâturantes, avec notamment un coût alimentaire moyen supérieur de 57 €/1000L de lait produit. Les fermes adoptant cette stratégie « volume » réduisent leurs charges en cas de baisse du prix du lait. Mais, dès que le prix du lait augmente, les charges repartent à la hausse. Cette stratégie, qui caractérise la ferme laitière moyenne du Grand Ouest, repose sur des investissements importants en matériel et bâtiments pour produire. Cette capitalisation spécialise les fermes et pose une forte problématique sur leur transmission.

 

Stratégie « valeur ajoutée » des fermes Civam : une alternative créatrice de richesse et d’emplois

A l’inverse, les systèmes laitiers autonomes et économes reposent sur une stratégie « valeur ajoutée » : ils créent plus de richesse en utilisant moins d’intrants** et de moyens de production. Avec une quantité de lait vendue plus réduite, une ferme CIVAM non bio dégage en moyenne 25 773 € de Résultat Courant par actif, soit 8 045 € de plus que la moyenne RICA (+45%). Ce sont également des fermes plus rémunératrices que les fermes du RICA avec 237 € de Résultat Social*** en plus par hectare et qui participent à la dynamique de leur territoire avec 3 actifs agricoles en plus pour 10 km².

 

« Nous entrons dans une nouvelle ère, où nous devrons nous adapter très rapidement à une déplétion des énergies fossiles et à un renchérissement des coûts des matières premières qui sont à la base de nos activités agricoles, à l’amont sur nos fermes, comme à l’aval jusqu’à la commercialisation des denrées alimentaires de toutes formes. Nous devons poursuivre l’impérieuse injonction de produire mieux avec moins, pour ne pas surcharger plus encore les limites planétaires. Les « paysans-chercheurs » du Réseau Civam, expérimentent des voies de mutations inspirantes et connectées au réel, qui méritent lecture, réflexion et partage.»
Mickaël LEPAGE, Eleveur en Mayenne (53), et membre du Réseau Civam

 

Retrouvez l’étude dans son intégralité

Télécharger le communiqué en PDF

 

 

*Systèmes pâturants de l’étude : systèmes de production économe et autonome qui valorisent au maximum l’herbe pâturée : maïs dans la surface fourragère < 20 %, 191 jours en moyenne de ration 100 % pâturage.

**Réduction des charges : 2 fois moins de concentrés pour nourrir les animaux, 57 € de coût alimentaire en moins aux 1000 L, et par hectare : 45 % d’économies sur le coût des cultures et 223 € de coût de mécanisation en moins.

***Résultat social : il mesure le résultat permettant de : 1. Rémunérer tout le travail, exploitant et salarié (rémunérations et cotisations sociales) ; 2. Assurer la santé financière de l’exploitation (réduire l’endettement).

 

Les CIVAM en bref
Les CIVAM (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) sont des groupes d’agriculteurs, d’agricultrices et d’acteurs du monde rural qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. Les Civam constituent un réseau de près de 130 associations et qui œuvrent depuis 60 ans pour des campagnes vivantes. www.civam.org 

Contact presse 

Alexine WOILTOCK, Coordinatrice Réseau CIVAM : alexine.woiltock@civam.org  – 02.99.77.39.21
Aurore PUEL, Chargée de communication : aurore.puel@civam.org – 06.41.03.31.35

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