Pour des
campagnes
vivantes

Loi Duplomb : Réseau Civam et une dizaine d’associations déposent une contribution commune devant le Conseil constitutionnel

Le 24 juillet 2025

Loi Duplomb : Réseau CIVAM, Générations Futures, Notre Affaire à Tous, POLLINIS, la Ligue des Droits de l’Homme, Terre de Liens, CIWF France, le CCFD-Terre Solidaire, Greenpeace France, la Fondation pour la Nature et l’Homme, la Fondation 30 Millions d’Amis et Biodiversité sous nos pieds déposent une contribution commune devant le Conseil constitutionnel.

Alors que la mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb atteint une ampleur inédite — la pétition a déjà recueilli près de deux millions de signatures en un temps record (lien ci-dessous) —, les associations décident de multiplier les efforts en déposant une contribution auprès du Conseil constitutionnel pour soutenir les saisines des parlementaires et faire censurer plus de la moitié de la loi.

La pétition alerte sur le fait que la « loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire.» En effet, cette loi contient de nombreuses dispositions dangereuses : atteintes aux principes fondamentaux de protection de l’environnement, contournement des procédures démocratiques, affaiblissement du rôle des collectivités territoriales, verrouillage des voies de recours, ou encore normes impossibles à appliquer en élevage plein air.

Face à ces atteintes multiples aux droits fondamentaux, à la santé publique et à la protection de l’environnement, les associations appellent le Conseil constitutionnel à faire respecter la Constitution et à censurer les dispositions inconstitutionnelles de la loi Duplomb. Par leur contribution commune, elles réaffirment l’importance d’un cadre juridique rigoureux et démocratique, indispensable pour garantir un avenir sain et durable pour tou.te.s.

Les associations reviennent donc article par article sur les mesures les plus problématiques du texte, ainsi que sur les vices de procédure qui accompagnent son adoption.

Concernant l’inconstitutionnalité de la procédure d’adoption :

La loi Duplomb a été adoptée au mépris des principes de clarté et de sincérité du débat parlementaire, par un détournement de la motion de rejet préalable ayant empêché tout examen d’amendement dès la première lecture. Cette manœuvre, sans fondement constitutionnel, viole le droit d’amendement garanti par l’article 44 de la Constitution et justifie une censure par le Conseil constitutionnel.

Article 1 :

L’article premier de la loi est inconstitutionnel car il supprime l’encadrement obligatoire et indépendant du conseil sur l’utilisation des pesticides. En rendant ce conseil facultatif et possible par des vendeurs de ces produits, la loi favorise les conflits d’intérêts, affaiblit la formation des agriculteurs et augmente les risques pour la santé humaine et l’environnement. Elle viole ainsi plusieurs articles de la Charte de l’environnement – qui a valeur constitutionnelle -,notamment son article 8 relatif à l’éducation et la formation à l’environnement et l’objectif constitutionnel de protection de la santé.

Article 2 :

L’article 2 de la loi est inconstitutionnel car il permet des dérogations illimitées à l’interdiction des néonicotinoïdes, malgré leur forte toxicité pour la biodiversité et la santé humaine. Contrairement à une précédente décision du Conseil constitutionnel, cette dérogation n’est ni limitée dans le temps, ni restreinte à certaines cultures ou substances. Elle repose sur une définition biaisée des alternatives, axée uniquement sur les coûts pour l’agriculteur, au détriment de la santé publique et de l’environnement, violant ainsi les articles 1er, 2, 3, 5 et 6 de la Charte de l’environnement. En outre, elle ne prévoit aucune participation du public, en contradiction avec l’article 7 de cette Charte.

Article 3 :

L’article 3 autorise le gouvernement à relever par décret les seuils des ICPE d’élevage en affirmant que cela ne constitue pas une atteinte au principe de non-régression. L’article 3 prévoit également une dérogation pour les projets d’élevage bovin, porcin ou avicole soumis à autorisation environnementale en permettant de remplacer les réunions publiques obligatoires par de simples permanences, réduisant ainsi la transparence et la participation du public. Cet article est ainsi inconstitutionnel en ce qu’il constitue une :
Atteinte à la participation du public (article 7 de la Charte) : remplacer les réunions publiques par des permanences limite le débat et rend les réponses du porteur de projet facultatives.
Violation du principe d’égalité (article 6 DDHC) : la dérogation ne concerne que certains élevages sans justification objective.
Méconnaissance des articles 1 et 2 de la Charte de l’environnement : la loi relève les seuils sans prévoir de mesures de compensation en cas d’atteinte grave à l’environnement.
Atteinte au principe de non-régression, corollaire des principes à valeur constitutionnelle garantis par la Charte de l’Environnement

Article 5 :

L’article 5, en présumant d’office que les ouvrages agricoles de stockage, aussi appelés méga-bassines, et prélèvement d’eau dans les zones en déficit hydrique sont d’intérêt général majeur (IGM) et justifiés par une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), porte une atteinte disproportionnée au droit à un recours juridictionnel effectif et aux principes de précaution et de gestion durable de l’eau. Cette présomption empêche une appréciation au cas par cas nécessaire pour équilibrer protection de l’environnement et besoins agricoles, alors que la jurisprudence européenne impose une analyse fine et stricte avant toute dérogation. De plus, ces infrastructures, souvent de grande taille, favorisent un modèle agricole consommateur d’eau et nuisible à la biodiversité, sans garantir d’alternatives durables ni limiter les impacts, ce qui justifie leur inconstitutionnalité.

Article 6 :

L’article 6 impose aux inspecteurs de l’environnement de transmettre leurs procès-verbaux d’infraction au procureur de la République « par la voie hiérarchique », et non plus directement. Cette exigence permet à une autorité administrative de contrôler, modifier ou bloquer la transmission d’actes relevant de la police judiciaire. Elle porte atteinte au principe de séparation des pouvoirs, à l’indépendance de l’autorité judiciaire et à l’objectif constitutionnel de recherche des auteurs d’infractions.

 

Pour les associations « la loi Duplomb fragilise gravement la protection de l’environnement et la santé publique au profit des intérêts financiers de l’agrochimie/d’une minorité d’acteur dont l’agrochimie, en bafouant les principes démocratiques et constitutionnels, le tout sans répondre aux attentes d’une majorité des agriculteurs et des citoyens. Face à cette loi dangereuse qui multiplie les atteintes aux droits fondamentaux et vise sans complexe à l’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage au mépris des humains et des animaux, nous avons déposé une contribution commune devant le Conseil constitutionnel pour faire censurer plus de la moitié du texte. Notre action vise ainsi à rétablir la vérité juridique et scientifique, et à défendre l’intérêt général. »

 

 

Lien vers la pétition.

Contacts presse :

Réseau CIVAM
Marika Dumeunier, Coordinatrice Agroécologie
marika.dumeunier@civam.org
07 84 69 28 23

Notre Affaire à Tous
Emilien Capdepon, chargé de campagnes
emilien.capdepon@notreaffaireatous.org
06 82 61 59 00

POLLINIS
Hélène Angot, chargée de communication
helenea@pollinis.org
06 12 84 06 97

Générations Futures
Yoann Coulmont, chargé de plaidoyer
plaidoyer@generations-futures.fr
07 57 18 03 83

Terre de Liens
Clara Courdeau, attachée de presse
c.courdeau@terredeliens.org
07 68 02 88 17

LDH (Ligue des droits de l’Homme)
Clotilde Julien
presse@ldh-france.org
01 56 55 51 15

CIWF France
Agathe Gignoux, Responsable Plaidoyer
agathe.gignoux@ciwf.fr
06 12 90 09 25

Fondation 30 Millions d’Amis
Lorène Jacquet, Responsable Campagnes et Plaidoyer
Campagnes.plaidoyer@30millionsdamis.fr
06 84 17 45 35

CCFD- Terre Solidaire
Sophie Rebours – Responsable relations média –
s.rebours@ccfd-terresolidaire.org
07 61 37 38 65

Biodiversité sous nos pieds
Dorian Guinard, Porte parole
biodiversitesousnospieds@gmail.com

Articles similaires

Reliquats budgétaires d’aides à la conversion bio pour les paysan·nes Civam, l’argent public doit rester affecté à la transition agro-écologique

Paris, le 21 avril 2026

Des arbitrages sont en cours pour réaffecter les centaines de millions d’euros de reliquats d’aides à la Conversion à l’Agriculture Biologique (CAB) prévus dans la PAC qui n’ont pas été  consommés. Alors que le monde agro industriel fait pression pour que cet argent public soit majoritairement affecté aux aides à l’investissement qui nourrissent l’intensification de l’agriculture, le réseau des Civam plaide pour que cet argent public continue à soutenir la transition agroécologique d’un maximum des fermes sur tous les territoires.

Presse
De Ferme en Ferme® 2026 : un haut niveau de participation avec plus de 700 fermes

Cette 33e édition suit les chiffres de l’édition précédente, une année record, et ce dans un contexte où l’agriculture est au cœur de plusieurs débats de société avec la loi Duplomb, la loi LOSARAGA sur la souveraineté alimentaire, la récente sortie de la SNANC… Avec De Ferme en Ferme®, paysannes et paysans convient à nouveau adultes et enfants pour dialoguer directement avec celles et ceux qui les nourrissent dans ce rendez-vous au cœur des fermes, gratuit et pédagogique.

Accueil
Évènement
Presse
Municipales & Alimentation : mobilisation historique de la société civile

A l’approche des élections municipales, un collectif de 13 associations nationales, rejoint par de nombreuses associations locales, interpelle les candidat.es pour mettre l’accès digne à l’alimentation au cœur du débat public.

Alimentation
Presse
Propositions
Enquête PAC : les paysans et paysannes Civam placent la transition agro-écologique au cœur des priorités

Le réseau des Civam dévoile les résultats d’une enquête sur la Politique Agricole Commune menée en 2025 auprès de ses 8000 membres. Les résultats mettent en lumière des attentes fortes en matière de transition agro-écologique. Dans un contexte de multiplication des reculs environnementaux sous prétexte de protection du monde agricole, l’enquête souligne chiffres à l’appui, que les paysans et paysannes Civam souhaitent une autre voie.

Agriculture durable
Presse
De Ferme en Ferme® : une édition 2026 sur le thème « Notre alimentation au cœur des fermes »

Revenir à la source de son alimentation : c’est ce que propose cette nouvelle édition de l’opération pédagogique De Ferme en Ferme® organisée par le Réseau CIVAM depuis plus de 30 ans. Avec 700 fermes participantes et 300 000 visites lors de la précédente édition, cette opération devenue incontournable invite adultes et enfants à dialoguer directement avec celles et ceux qui les nourrissent. Un rendez-vous au cœur des fermes, en direct avec les producteurs et productrices, gratuit et pédagogique pour prendre conscience et mesurer à quel point l’alimentation est une affaire de choix de société.

Accueil
Presse
Lettre ouverte : pour un financement des PAT à la hauteur de leurs ambitions

Paris, le 18/12/2025,

Alors que s’ouvrent demain les débats en commission mixte paritaire pour voter le budget 2026, Réseau Civam demande, aux côtés de 45 autres organisations et 39 représentants des collectivités territoriales, la pérennisation des moyens financiers alloués aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) dans le budget 2026. Alors qu’aucun budget n’était prévu pour soutenir les dynamiques opérationnelles en 2026, la commission paritaire peut encore arbitrer et soutenir les amendements portés par le Sénat portant un financement “a minima” des PAT à hauteur de 10 millions d’euros.

Presse