Pour des
campagnes
vivantes

Plan de Résilience Agricole : le soutien indispensable aux systèmes agricoles économes et autonomes

A la veille de leur Commission régionale Agro-Environnementale, 6 organisations agricoles et environnementales bretonnes se mobilisent sur les enjeux du plan de résilience agricole et le soutien aux systèmes économes en intrants.

Signataires : CIVAM Bretagne; Confédération Paysanne Bretagne ; Fédération Régionale des AgroBiologistes de Bretagne ; Réseau Cohérence ; Eau et Rivières de Bretagne ; Bretagne Vivante

La période que nous traversons est un véritable choc : choc de civilisation d’abord avec la guerre en Ukraine, choc politique et aussi choc économique qui atteint tous les secteurs d’activité dont l’agriculture. La flambée des prix des carburants, engrais, produits phytosanitaires et autres aliments du bétail vient balayer toutes les certitudes établies. Bien plus encore, c’est une remise en cause profonde et brutale d’un modèle productiviste hyper dépendant des énergies fossiles. Il est d’autant plus violent dans les filières d’élevages hors-sol dépendantes des achats d’aliments extérieurs.

Les plus fervents défenseurs de ce modèle agricole à bout de souffle pratiquent la politique de l’autruche. Ils s’enlisent dans une fuite en avant technologique qui se heurte déjà aux limites énergétiques et écologiques. Le cornucopianisme d’Etat (1) est mortifère lorsqu’il touche à l’agriculture, donc à l’alimentation, qui repose sur les cycles immuables du vivant.

Les remises en cause récentes du Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation de la politique de la Ferme à la fourchette (Farm to Fork) nous inquiètent au plus haut point. Nous craignons de voir les objectifs de transition agroécologique gravement remis en cause, à travers le détricotage de la politique agricole commune.

Depuis des décennies nos réseaux ont développé une expertise reconnue sur les systèmes économes en intrants, autonomes, bio. Nous mettons en avant le lien au sol et l’autonomie. Nous prônons la polycuture-élevage et la sobriété énergétique qui l’accompagne grâce aux animaux et aux légumineuses pour la fertilité des sols. Nous rappelons sans cesse le rôle primordial de la prairie dans la quête d’autonomie, mais aussi pour la diminution des intrants, la qualité de l’eau et son rôle bénéfique pour le climat et la biodiversité. Ces valeurs sont aujourd’hui porteuses de sens et oh combien d’actualité.

Forts de cette expérience, nous pensions naïvement être les plus à même d’apporter ces solutions d’avenir testées et éprouvées depuis de nombreuses années sur le terrain pour le volet agricole du plan de Résilience. Quoi de plus logique pour ce plan que de s’appuyer sur des systèmes économes, autonomes et donc résilients ? Quoi de plus résilient que des fermes qui se passent facilement des importations d’ammonitrates fabriqués à partir d’énergies fossiles (le plus souvent russe) et de tourteaux de soja OGM issus en grande partie de la déforestation de l’Amazonie, le tout avec un impact positif sur la santé du consommateur et du producteur grâce à une agriculture durable et biologique.

Le plan de résilience agricole ne peut se permettre de faire l’impasse sur un abondement conséquent de l’enveloppe d’aides consacrées à ces systèmes plus autonomes et économes. Les besoins de financements des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) sont importants. Il s’agit là de la mesure de résilience par excellence lorsque le contrat engage l’ensemble de la ferme dans une démarche d’agriculture durable. L’investissement et le succès de ces mesures en Bretagne, première région agricole d’élevage, ne doit pas être stoppé. Il faut se doter des moyens d’une réelle ambition budgétaire pour accompagner tous les éleveurs qui peuvent être acteur de ce tournant agro-écologique.

La frilosité budgétaire des services de l’État en Bretagne pour le financement des MAEC pour la programmation à venir met en péril la réussite de la transition agro-écologique de l’agriculture. L’État doit abonder ces dispositifs pour faire face aux besoins sans zoner arbitrairement les communes éligibles ou pas au dispositif. Compte tenu de l’urgence climatique et des problématiques de qualité de l’eau en Bretagne, il n’est pas entendable que les aides agricoles de la durabilité ne puissent pas être accessibles à tous les agriculteurs sur toute la région !

Les éleveurs bretons qui veulent s’engager dans la mise en place de systèmes de polycultures élevage économes en intrants, autonomes, ont besoin dès aujourd’hui de signaux concrets sur la politique environnementale, sociale et technico-économique de la DRAAF Bretagne et du Conseil régional de Bretagne en faveur de la transition agroécologique. Le renforcement de la trajectoire agroécologique et durable est vital pour les agriculteurs, les consommateurs et la vie dans les territoires.

Nous demandons un soutien fort de l’État et des collectivités dès 2022 pour qu’un maximum d’éleveurs puisse prendre le chemin de l’agroécologie, de l’autonomie et de la durabilité. C’est la clé du maintien d’une agriculture résiliente encore en mesure de produire dans un contexte plus qu’incertain. Il en va de notre indépendance alimentaire, de la vitalité de nos territoires et de l’avenir de notre planète. Les citoyens ne pourraient comprendre un autre choix.

Il existe un réel risque d’abandon massif de l’élevage et des éleveurs, que l’on commence à percevoir. Les agriculteurs ont besoin d’une incitation claire et forte de la part de l’ État pour prendre le chemin de l’autonomie, gage de résilience dans un monde perturbé par la volatilité des cours, voire de pénuries. Si l’objectif du plan de résilience est de garantir la souveraineté alimentaire française, ne pas y inclure un volet fort sur les MAEC serait une erreur historique.

 

Voir le communiqué de presse

 

________________________________________

Signataires & contacts presse 
CIVAM Bretagne / Franck Lebreton – référent MAEC – 06,78,34,64,39
Confédération Paysanne Bretagne / Jean-Marc Thomas – porte parole – 06,77,86,36,96
Fédération Régionale des AgroBiologistes de Bretagne / Sébastien Baron – référent régional Aides – 06,14,39,10,56
Réseau Cohérence / les Co-présidents Marc Pouvreau – 06,08,05,85,87 – et Dominique Pirio – 06,70,96,79,58 –
Eau et Rivières de Bretagne / Jean Peuzin – vice-président – 06,47,21,38,50 –
Bretagne Vivante / Luc Guihard – 02,98,49,07,18 – et Paul Mauguin – 07,89,59,59,74 –

 

(1) Cornucopianisme : croyance en des ressources illimitées et en des innovations permanentes qui permettront de toujours résoudre les problèmes rencontrés par l’humanité

Articles similaires

Reliquats budgétaires d’aides à la conversion bio pour les paysan·nes Civam, l’argent public doit rester affecté à la transition agro-écologique

Paris, le 21 avril 2026

Des arbitrages sont en cours pour réaffecter les centaines de millions d’euros de reliquats d’aides à la Conversion à l’Agriculture Biologique (CAB) prévus dans la PAC qui n’ont pas été  consommés. Alors que le monde agro industriel fait pression pour que cet argent public soit majoritairement affecté aux aides à l’investissement qui nourrissent l’intensification de l’agriculture, le réseau des Civam plaide pour que cet argent public continue à soutenir la transition agroécologique d’un maximum des fermes sur tous les territoires.

Presse
De Ferme en Ferme® 2026 : un haut niveau de participation avec plus de 700 fermes

Cette 33e édition suit les chiffres de l’édition précédente, une année record, et ce dans un contexte où l’agriculture est au cœur de plusieurs débats de société avec la loi Duplomb, la loi LOSARAGA sur la souveraineté alimentaire, la récente sortie de la SNANC… Avec De Ferme en Ferme®, paysannes et paysans convient à nouveau adultes et enfants pour dialoguer directement avec celles et ceux qui les nourrissent dans ce rendez-vous au cœur des fermes, gratuit et pédagogique.

Accueil
Évènement
Presse
Municipales & Alimentation : mobilisation historique de la société civile

A l’approche des élections municipales, un collectif de 13 associations nationales, rejoint par de nombreuses associations locales, interpelle les candidat.es pour mettre l’accès digne à l’alimentation au cœur du débat public.

Alimentation
Presse
Propositions
Enquête PAC : les paysans et paysannes Civam placent la transition agro-écologique au cœur des priorités

Le réseau des Civam dévoile les résultats d’une enquête sur la Politique Agricole Commune menée en 2025 auprès de ses 8000 membres. Les résultats mettent en lumière des attentes fortes en matière de transition agro-écologique. Dans un contexte de multiplication des reculs environnementaux sous prétexte de protection du monde agricole, l’enquête souligne chiffres à l’appui, que les paysans et paysannes Civam souhaitent une autre voie.

Agriculture durable
Presse
De Ferme en Ferme® : une édition 2026 sur le thème « Notre alimentation au cœur des fermes »

Revenir à la source de son alimentation : c’est ce que propose cette nouvelle édition de l’opération pédagogique De Ferme en Ferme® organisée par le Réseau CIVAM depuis plus de 30 ans. Avec 700 fermes participantes et 300 000 visites lors de la précédente édition, cette opération devenue incontournable invite adultes et enfants à dialoguer directement avec celles et ceux qui les nourrissent. Un rendez-vous au cœur des fermes, en direct avec les producteurs et productrices, gratuit et pédagogique pour prendre conscience et mesurer à quel point l’alimentation est une affaire de choix de société.

Accueil
Presse
Lettre ouverte : pour un financement des PAT à la hauteur de leurs ambitions

Paris, le 18/12/2025,

Alors que s’ouvrent demain les débats en commission mixte paritaire pour voter le budget 2026, Réseau Civam demande, aux côtés de 45 autres organisations et 39 représentants des collectivités territoriales, la pérennisation des moyens financiers alloués aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) dans le budget 2026. Alors qu’aucun budget n’était prévu pour soutenir les dynamiques opérationnelles en 2026, la commission paritaire peut encore arbitrer et soutenir les amendements portés par le Sénat portant un financement “a minima” des PAT à hauteur de 10 millions d’euros.

Presse