Sortir d’une logique d’abattage systématique pour aller vers des stratégies fondées sur la prévention, la résilience des élevages et une coopération européenne renforcée
Aujourd’hui, la DNC est classée au niveau européen comme maladie de catégorie A, supposée absente du territoire de l’Union. Cette classification entraîne des mesures d’éradication particulièrement strictes, dont l’abattage systématique des troupeaux dès la détection d’un cas positif. Si ces dispositifs visent à préserver le statut sanitaire de la France, ils ont des conséquences humaines, économiques et écologiques considérables pour les éleveurs.
Cette approche ne correspond plus à la réalité épidémiologique. L’extension progressive de la maladie en Europe et la présence durable du virus en Afrique du Nord depuis 2024 appellent à une évolution du cadre réglementaire. Reconnaître l’existence de foyers actifs et la circulation transfrontalière du virus permettra de sortir d’une logique uniquement répressive pour aller vers des stratégies fondées sur la prévention, la résilience des élevages et une coopération européenne renforcée.
Réseau Civam plaide pour une révision en profondeur des pratiques d’abattage
L’abattage total des troupeaux, alors que la mortalité de la maladie reste inférieure à 10 %, apparaît disproportionné au regard des pertes économiques, du traumatisme vécu par les éleveurs et de l’impact sur le patrimoine génétique des élevages. Une évolution vers une euthanasie ciblée des animaux malades ou à haut risque, accompagnée d’une surveillance épidémiologique renforcée, de mesures strictes de biosécurité et de désinsectisation, offrirait une réponse plus respectueuse du vivant et tout aussi protectrice sur le plan sanitaire.
La vaccination doit devenir un pilier central et anticipé de la lutte contre la DNC
Son déploiement reste trop souvent tardif et inégal. Les retours d’expérience d’autres épizooties montrent pourtant qu’une vaccination large, accessible et mise en œuvre en amont permet de réduire significativement l’incidence de la maladie et d’éviter des mesures drastiques. Étendre la stratégie vaccinale au-delà des seuls périmètres réglementés, renforcerait l’immunité collective du cheptel et offrirait des perspectives de sortie de crise plus rapides. Cela suppose transparence, mobilisation des pouvoirs publics, considération et concertation étroite avec les acteurs de terrain.
La DNC nous met collectivement face à un choix de société. Réseau Civam appelle à ouvrir sans tarder un débat européen pour reclasser cette maladie, repenser la logique d’abattage total au profit de solutions plus ciblées et humaines, et déployer une vaccination proactive du cheptel. C’est à cette condition que nous pourrons concilier santé animale, viabilité des élevages et confiance dans les politiques sanitaires.
A propos des CIVAM
Les CIVAM (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) sont des groupes d’agriculteurs, d’agricultrices et d’acteurs du monde rural qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. Les Civam constituent un réseau de près de 130 associations et qui œuvrent depuis 60 ans pour des campagnes vivantes. www.civam.org