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L’enjeu de la précarité alimentaire n’est pas soluble dans un chèque

L’accès de toutes et tous à une alimentation choisie, de qualité et durable est une priorité pour notre réseau. Dans cette tribune, parue dans La Croix, nous demandons au gouvernement de nous intégrer à la concertation sur le chèque alimentation.

 

Une tribune à l’initiative du collectif que nous formons avec nos partenaires du Secours Catholique, VRAC, Réseau Cocagne, UGESS, Action contre la faim et le Réseau Action Climat. 

Les courbes de l’inflation donnent le vertige. + 6,6 % sur les prix des produits frais en un an, et plus de 10 % en moyenne dans la restauration collective ! Pour de nombreuses familles, les caddies se vident à mesure que les prix de l’alimentation s’élèvent. Elles sont plongées dans des arbitrages impossibles entre payer son loyer, se déplacer ou se nourrir ; d’autres sont amenées à rogner sur la qualité et le frais, et, pour les ménages qui étaient déjà en précarité, l’horizon d’une alimentation durable et de qualité s’éloigne définitivement. Non sans effets sur leur santé.

Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé une prime d’urgence pour septembre. Viendrait ensuite un chèque alimentaire inscrit dans la durée, fléché sur l’achat de produits bio et locaux, dont on ne connaît pas encore le montant. Les intentions sont louables. Et l’idée d’une solution clé en main pour assurer l’accès des ménages modestes et précaires à une alimentation de qualité a de quoi séduire. Toutefois, l’enjeu n’est pas soluble dans un chèque. Alors que le gouvernement prépare une concertation sur le sujet, nous, associations environnementales et de solidarité, d’insertion sociale et du monde agricole, souhaitons en être partie prenante, et voulons être force de proposition dans ce débat.

Pas une idée nouvelle

Le chèque alimentaire durable n’est pas une idée nouvelle. Elle remonte à la Convention citoyenne pour le climat en 2019. Le président de la République l’a reprise à son compte en décembre 2020. Mais, devant la complexité du dispositif, ledit chèque est mis de côté, en attente de rapports sur les conditions de sa mise en œuvre. Dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, Emmanuel Macron en fait de nouveau la promesse. Annoncé pour le lendemain de son élection, il est finalement prévu en 2023, faute d’organisation technique aujourd’hui opérationnelle. Qui trop embrasse mal étreint ? C’est la difficulté.

La réponse par le chèque est mince face aux enjeux : celui de l’insuffisance des ressources qui empêche une partie de la population de se nourrir ; celui du changement dans notre manière de produire et de structurer des filières durables et locales, qui ne repose pas uniquement sur la responsabilité individuelle des consommateurs ; celui d’une offre alimentaire de qualité (via les marchés, petits commerces, etc.) à proximité des lieux de vie des personnes concernées si on veut qu’elles y accèdent ; celui de la vivacité démocratique pour que chacun s’empare des questions alimentaires.

Si l’on ne conçoit des solutions que pour les pauvres (et sans eux !), on n’aboutira qu’à de pauvres solutions, mal adaptées à la réalité des personnes en précarité et sans effet de transformation sociale. « Les Français ne veulent plus de mesures descendantes ! », a lui-même acté le Président.

Des réponses plus structurelles

Cette réflexion croisée avec les personnes concernées amène nos associations à privilégier différentes réponses plus structurelles, pour un changement de la fourche à la fourchette : pour certaines, d’abord l’instauration d’un revenu minimum garanti (à 50 % du niveau de vie médian), le soutien effectif à la restauration collective pour changer ses approvisionnements et tarifs, pour d’autres la mise en place de régies agricoles, la régulation des marchés agricoles, des chantiers d’insertion au service des circuits courts, des expérimentations d’une « Sécurité sociale de l’alimentation », ou encore des dynamiques d’éducation populaire sur l’alimentation.

Le chèque alimentaire durable ne doit pas empêcher ces solutions de se développer. Pas plus qu’il ne doit détourner notre attention du détricotage de la stratégie européenne pour réduire l’usage des pesticides (Farm to Fork), de la spéculation qui nourrit l’inflation, ou des réponses de courte vue à la situation en Ukraine.

Quels que soient les choix opérés, des conditions nous semblent incontournables pour que le chèque alimentaire voie le jour de façon ajustée. Veiller à ne laisser personne de côté (comme les personnes sans ressources), bonifier des chèques alimentaires, qui existent, vers des produits durables (notamment issus de l’agriculture biologique et de l’agroécologie) et en particulier des circuits durables. Éviter un dispositif stigmatisant pour les utilisateurs, qui ne leur permettrait pas de se sentir « comme tout le monde ». Et, pour ces raisons, commencer par une expérimentation, territorialisée, adaptée à la diversité de situations de précarité, en assurant des modalités d’évaluation avec les usagers.

La concertation

Aussi est-il heureux que le gouvernement veuille prendre le temps de la concertation. C’est un test pour le changement de méthode annoncé par le président de la République. Le chèque alimentaire cristallise un besoin de clarification des dispositifs existants, de leur financement, et des compétences alimentaires aux différentes échelles de territoires. C’est pourquoi nous proposons de placer cette réflexion sous l’égide de la première ministre, chargée de la planification écologique.

Le Conseil national de l’alimentation (CNA), fort de son expérience récente de panel citoyen sur la précarité alimentaire, et le Conseil national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), qui réunit pour moitié des personnes ayant l’expérience de la précarité, doivent y être associés. C’est par ce niveau de dialogue et cette méthode que le chèque alimentaire durable aura les meilleures chances de servir l’accès de toutes et tous à une alimentation de qualité, de façon adaptée aux besoins des premiers concernés.

Voir la tribune sur La Croix

Signataires :

Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat

Véronique Devise, présidente du Secours catholique – Caritas France

Cécile Fau, présidente de l’UGESS (épiceries sociales et solidaires)

Dominique Hays, président du réseau Cocagne

Hélène Quéau, directrice de la Mission France d’Action contre la faim

Boris Tavernier, délégué général de l’association Vrac (Vers un réseau d’achat en commun)

Nicolas Verzotti, paysan, administrateur du Réseau Civam (agriculture et milieu rural)

Geneviève Chevassus, administratrice du MIRAMAP (Mouvement Inter-régional des AMAP)

 

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