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Sécuriser l’alimentation du troupeau face aux aléas du climat

Sècheresses chroniques, températures élevées, précipitations aléatoires, printemps précoces et hivers doux, le changement climatique est une réalité pour de nombreux agriculteurs. Face à ce constat, des éleveurs du réseau Agriculture Durable de Moyenne Montagne (ADMM) ont pris les devants et ont testé différentes pratiques permettant d’améliorer la robustesse et la durabilité de leur système fourrager.

Dans la lignée de cette dynamique engagée dès 2016, le réseau ADMM continue à travailler sur cette thématique, avec notamment un recueil de témoignages et de retours d’expériences paru fin 2019 ( à consulter ici )

 

DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES…

Dans une synthèse réalisée fin 2015, Météo France a présenté un ensemble de données caractérisant les évolutions du climat passées. Parmi les tendances observées : augmentation de la température moyenne annuelle sur le Massif Central, pas d’évolution significative des précipitations, mais également fortes variabilités climatiques inter-annuelles (succession d’années sèches et d’années humides) et intra-annuelles (printemps plus arrosés, été et hiver globalement plus secs). La combinaison de ces facteurs a eu pour effet une augmentation globale de l’évapotranspiration et un assèchement marqué des sols (de janvier à septembre principalement) problématique pour l’agriculture.
A l’avenir, les météorologues projettent une accentuation de ces phénomènes climatiques notamment sur le bassin méditerranéen et la vallée du Rhône. Des vagues de chaleur seraient alors plus nombreuses, intenses et longues, modifiant les régimes hydrologiques. Une réalité qui s’est confirmé en 2019.

… QUI IMPACTENT LES ELEVAGES

Cette évolution du climat à de nombreux impacts sur la conduite des exploitations agricoles. L’augmentation de l’humidité printanière favorise la pousse de l’herbe mais rend difficile l’accès aux parcelles. Les périodes d’implantation des cultures sont réduites et les maladies, adventices et ravageurs tendent à se développer.

L’inter­ saison est favorable à l’implantation de cultures hâtives qui devront être récoltées avant le déficit hydrique estival. Ce dernier, de plus en plus fréquent et marqué, impacte fortement la qualité et la quantité des récoltes. L’automne, très aléatoire, peut fournir une bonne repousse ou rester sec en attente des pluies hivernales. Ces dernières mêlées à des températures douces permettent une bonne reprise des prairies et des cultures dérobées. La période de pâturage s’étend jusqu’en début d’année.

Face à ces changements, des pratiques d’adaptation et de compensation peuvent être mises en œuvre sur les fermes. Depuis la stratégie de court terme à l’objectif de résilience à long terme.

« Pour être autonome en fourrage, j’essaie de gérer au mieux la pousse de l’herbe et des couverts. Je fais du pâturage tournant que j’étends à des «réservoirs de pâturage» les années sèches. Il s’agit de zones entre le sous-bois et la lande, qui ont un potentiel faible, avec beaucoup de ligneux. J’essaie de mettre les chèvres tardivement dans ces milieux, après l’été, car les feuilles des arbustes sont au maximum de leur pousse, et ne sont pas sèches. Si je les mets en avril, les chèvres vont manger les bourgeons, et empêcher la repousse. Bien que ces zones soient moins riches que l’herbe, elles sont intéressantes quand il fait chaud, car elles apportent de l’humidité dans la nourriture, en comparaison au foin, et permettent aux chèvres de s’abriter du soleil. Le mieux est d’utiliser ces milieux seulement une année sur deux, en soupape, pour permettre au sol de se régénérer” 
Xavier CHAREYRE, éleveur de chèvres en Ardèche (07)

LES LEVIERS D’ADAPTATION

Pour s’adapter aux nouvelles donnes climatiques, des éleveurs ont établi des pratiques de résistance ponctuelles, et des modifications plus profondes et stratégiques de leur système (dimensionnement de l’activité, changements culturaux de long terme, réorganisation du pâturage, etc.).

La première et la plus simple est l’achat d’aliments. Individuelle ou collective, contractualisée ou occasionnelle, cette pratique, dépendante des cours, peut revenir chère les années où les stocks sont limités.

En complément de stratégies de compensation à court terme, l’intensification des surfaces et l’augmentation de la pression de pâturage permet d’assurer lors de moments difficiles. Les prairies peuvent être déprimées ou fauchées tôt dans la saison pour permettre des repousses rapides qui allongeront le tour de pâturage. Lors d’épisodes de sécheresse printaniers, le pâturage des céréales ou des prairies de fauche peut permettre d’alimenter les animaux.
De même, l’enrubannage ou l’ensilage de méteils prévus pour une récolte en grain permet de réaliser d’importants stocks de bonne valeur alimentaire.

“En reprenant la ferme en 2012, j’ai réduit le troupeau avec l’objectif de maximiser le pâturage. Certaines parcelles autrefois cultivées ont été remplacées par des prairies. Je les conduis de manière à faciliter l’émergence d’espèces locales pérennes plus adaptées aux conditions difficiles du plateau. Les conditions climatiques de la zone sont très aléatoires : les pluies printanières et estivales sont de plus en plus imprévisibles et le vent fréquent assèche les sols qui ont très peu de capacité de réserves. Il est donc difficile d’anticiper la date à partir de laquelle mes prairies n’ont plus rien à offrir aux animaux. Je joue alors sur la diversité des couverts végétaux dans les parcs et entre les parcs pour offrir un grand choix de topographies et de couverts, alliant la broussaille à l’herbe.”
Jean Michel FAVIER, éleveur de vaches allaitantes dans l’Hérault (34)

 

Dans le même sens, l’implantation de cultures fourragères de court terme permet de produire en l’espace de quelques semaines des volumes importants de fourrages qui seront consommés sur pied ou stockés.
Lors de périodes particulièrement sèches, l’élargissement du tour de pâturage aux parcours, chaumes et autres bois à proximité de la ferme peut couvrir momentanément les besoins des animaux.

Ces pratiques permettent de passer les moments difficiles mais ne garantissent pas une robustesse à long terme. Cette dernière peut être atteinte à condition de revoir les équilibres sur la ferme, vers plus de résilience. Un taux de chargement adapté au potentiel des sols et un système d’alimentation cohérent avec les disponibilités du milieu réduisent fortement les risques face aux aléas. De même, une bonne gestion des lots et la mise en pratique du pâturage tournant apporte beaucoup de souplesse notamment au printemps et à l’automne. Cette pratique est optimisée par l’utilisation de cultures fourragères pérennes et résistantes. L’intégration de végétations saisonnières dans le planning de pâturage telles que les estives, les landes ou les zones humides offre une marge de manœuvre considérable pour certaines exploitations.

 

« J’implante des mélanges à flore variée pour obtenir des prairies de haute valeur alimentaire, pérennes et productive dans le temps. La diversité des espèces et variétés sélectionnées permet une production fourragère plus régulière et sécurisée au cours de l’année. Les brebis raffolent de cette herbe. Les mélanges augmentent également la biodiversité sur ma ferme et améliorent les propriétés de mes sols. De nombreuses compositions botaniques sont possibles pour de très nombreuses situations. Il faut choisir judicieusement en lien avec le climat local, le potentiel des sols et l’usage souhaité de la parcelle. Seul l’agriculteur, observateur, attentif de ces parcelles est en mesure de faire ce choix »
Emmanuel VALAYE, éleveur de brebis laitières en Aveyron (12)

 

Diversifier pour s’adapter

La diversification est également un levier stratégique pour une adaptation globale de son système aux aléas climatiques. La résilience passe donc cette fois par la mise en place d’ateliers de production complémentaires et flexibles. Mais également par une réflexion sur le dimensionnement de ces mêmes ateliers.

 

« J’essaye de viser sur une autonomie alimentaire à 100 % donc je mets en place plusieurs astuces pour y tendre, en essayant d’avoir une logique globale sur mon exploitation.
Par exemple, j’ai mis en place ce que j’appelle un atelier « veau fusible » sur la ferme. Je laisse les bêtes le plus tard possible dehors, les vaches sont rentrées au 20 janvier pour économiser le plus de paille possible et les génisses de plus de 6 mois vivent dehors et n’utilisent pas de paille. Si, quand je les rentre, je vois que j’ai un excédent de fourrage, je garde deux à trois vaches en cellule, qui devraient normalement être réformées et qui me servent finalement à élever des veaux de lait, de quatre à six en général. L’idée c’est de pouvoir avoir le nombre de mes bêtes fluctuant en fonction des rendements herbagers. Une année où il fait orageux, 40 vaches c’est OK, mais si c’est pas le cas, avec une vingtaine, j’en ai largement assez.

En parallèle, je cultive aussi du moha. C’est une plante qui va végéter le temps qu’il n’y a pas d’eau, mais il réagit très bien à la pluie. Et du coup il permet une grande souplesse dans la manière d’exploiter. Il permet d’être pâturé toutes les 5 semaines, et permet à mes vaches de pas être trop perturbées et de pâturer de temps en temps, notamment pour les années sèches où il y a peu d’herbe aux champs. Il définit en quelques sortes le rythme de pâture. »
Stéphane MALROUX, éleveur de vaches laitières, chevaux et volailles dans le Cantal (15)

 

De façon plus générale, au sein du réseau Agriculture Durable de Moyenne Montagne se pose la question de la pérennité de la ressource en herbe, et donc de la continuité des systèmes herbagers. La réflexion se poursuit donc sur l’optimisation des ressources ligneuses en période de sécheresse (gestion et pâturage des broussailles, haies et sous-bois).

 

Pour aller plus loin : 

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